Pour une Europe « à l’ancienne » ?

Pour une Europe « à l’ancienne » ?

L’Europe est critiquée comme jamais, y compris par ceux qui la défendaient avec une certaine sincérité, non pas tant, au fond, pour ce qu’elle fait mais surtout pour ce qu’elle ne fait pas.

Une Europe angoissante, sans défense, et anti-démocratique ?

On reproche à l’Europe la situation dans laquelle se trouve chacun, en pleine crise, sans voir ce qu’elle apporte. L’Europe est devenue la décharge des – mauvaises – humeurs engendrées par les transitions et les perturbations actuelles. Depuis 20 ans, la plupart des hommes et de femmes politiques des pays qui la composent mettent sur le compte de l’Europe les carences, les manquements, les erreurs qui leur incombent… Et savent promptement s’attribuer les mérites, en occultant ce qu’ils doivent à l’Union.

L’Europe ne sait pas communiquer sur ses succès !

Pourtant si on analyse les attentes des Européens, leur état d’esprit, on constate que l’Europe est jugée nécessaire, mais angoisse parce qu’on ne sait pas où elle va, où elle nous amène, bien plus encore que pour ce qu’elle est devenue. On lui reproche plus – et justement- le fait qu’elle ne nous défende pas, ne se défende pas, que le fait d’exister. On lui reproche même, à cause de la lâcheté de quelques politiciens qui refusent d’assumer telle ou telle direction, son caractère anti-démocratique alors que ses choix émanent des gouvernements eux-mêmes ou des traités, ratifiés par des parlements nationaux démocratiquement élus, voire par les Peuples souverains. Les fonctionnaires européens, ces « eurocrates » tant décriés, souvent brillants, se chargent seulement de les mettre en ordre et en application. Ils sont mus par une idée de servir un dessein rarement égalé dans l’histoire de l’Humanité : Unir par la paix et pour la paix, dans le respect des diversités.
Et de faire avancer ce beau projet à la vitesse voulue par les dirigeants (donc moins bien rapidement que les contraintes extérieures l’exigent).

Dans les faits cette « machine Europe » (pas ce « machin ») est en fait légère (moins de 1 % des fonctionnaires dépendent de l’Europe) malgré une souplesse et une adaptabilité qu’elle doit renforcer, et une expérience et un savoir-faire à valoriser. Elle dispose de centres de décisions dont le fonctionnement et l’équilibre sont à repenser dès maintenant mais en douceur, sans l’ébranler, y compris en responsabilisant davantage son Parlement. S’il faut rapprocher sans aucun doute l’Europe des Peuples, il faut surtout la rapprocher des enjeux internationaux et lui donner véritablement les moyens d’agir, de peser et de se protéger parfois aussi au moins dans des domaines-clés où vision, union et ambition doivent se retrouver…

La défense de l'Europe concrète

Du succès qui tue au « retour en avant »…

Cependant l’Europe actuelle est impuissante et cela nous fait peur, autant que cela réjouit, à court terme du moins, nos « partenaires » du reste du monde. A 27, à 28, à 30, avec des institutions qui sont le fruit non maîtrisé d’une histoire qui s’est accélérée ces 15 dernières années, elle ne peut avancer avec méthode et ambition. D’autant plus que les nationalismes s’y sont au même temps exacerbés, plus du fait d’un écrasement post-seconde guerre mondiale et d’une économie en transition que de ses propres actions. Et pourtant elle en est leur principale cible !

Néanmoins cet élargissement si brouillon était déjà dans l’esprit des Pères fondateurs qui voyaient naturel un espace européen intégré par des pays qui se libéreraient paisiblement des équilibres de la terreur. Cette Europe d’accueil a été victime d’un succès que son modèle préparait et qui est en train de l’asphyxier.

Comment s’en sortir alors ? En revenant sur ses bases pour aller de l’avant.

Pour avancer il faut se recentrer. Pas annuler 50 ans d’expansion (en réalité 30, de 1980 à 2010), mais revenir sur ses bases pour approfondir une relation entre nations qui veulent et peuvent aller plus loin dans l’intégration de leurs politiques sur des sujets fondamentaux. Cet approfondissement bénéficiera par ses avancées à terme à tous les autres membres de l’Union. Mais cette intégration plus grande, qui doit capitaliser sur l’expérience et le savoir-faire acquis, ne doit pas avorter par un « complexe d’européité » vis-à-vis des autres. C’est parce qu’elle s’est faite avec dignité et volonté à 6 que l’Union a pu s’élargir à 28, y compris au profit des plus faibles.

Se recentrer, avec qui et comment ?

On ne doit pas faire une politique de cercles à géométrie variable qui correspondraient tantôt à l’Allemagne, la France et l’Italie, tantôt encore avec les Pays-Bas, l’Allemagne, la Grande Bretagne et la Pologne, tantôt enfin les Pays du Nord – contre les pays du Sud. La France serait peut-être peu à peu exclue de ces cercles différentiels, tant son apathie conservatrice l’éloignerait bientôt du plus grand nombre de nos voisins. Plutôt que des cercles à épicentres mouvants, il convient de préconiser une Communauté d’intégration Européenne (CIE) à centre unique qui pourrait voir greffer et accueillir tel ou tel autre correspondant à ses standards d’exigence, à ses besoins et à ses intérêts réciproques, en échange d’une adhésion totale et définitive au projet politique de cette nouvelle CIE.

Cette CIE doit avoir un socle solide, comprendre des pays définis et investiguer un champ d’actions précis. Sa création doit passer d’abord par un assouplissement des traités actuels qui interdisent – ce qui pouvait se concevoir mais qui n’est plus tenable aujourd’hui- une Europe à plusieurs vitesses. Puis par la promulgation sur la base d’un nouveau contrat social, d’un nouveau traité soumis à l’approbation des habitants des territoires de cette CIE. « Habitants » ou Citoyens ? « Habitants ». Car cela engagerait plus chacun à prendre ses propres responsabilités et à apporter une pierre plus en correspondance avec l’édifice à bâtir.

Quels pays pourraient concourir au départ de cette CIE ?

L’Allemagne, la France, le Benelux, l’Italie – si elle sait comme toujours sortir de sa crise politique – avec ensuite le Danemark, la Suède… Et à terme, rêvons un peu, la Suisse si elle y trouve un intérêt, elle qui avait peur de s’intégrer à un espace qui aurait comme frontière l’Est de l’Anatolie et comme action le paiement pour 100 millions d’Européens les plus pauvres et les moins organisés des outils d’émergence et de convergence trop rapides.

Loin d’être un coup d’arrêt à l’Union, cette coopération renforcée pourra être un nouveau phare et lui permettre des déblocages impossibles à ce jour.

Si cette nouvelle CIE réussit, l’élargissement économique et politique de l’Union pourra même se poursuivre à son rythme, sans ralentir l’intégration du socle, de l’Atlantique à l’Oural, en passant cette fois par la Turquie, qui n’a que 3% de territoire en Europe, mais qui fut, ne l’oublions pas, le refuge, la Terre de repli de notre civilisation, pour nos idées et nos religions depuis l’Antiquité.

La zone euro sera-t-elle diminuée par la CIE ? Non bien au contraire…

D’abord cette zone continuera d’exister, en pouvant même s’étendre à terme et sous strictes conditions à d’autres pays prêts économiquement et « idéologiquement » à la rejoindre. De plus, l’Euro sera renforcée par l’intégration plus forte des principaux pays qui la fondent, car la convergence et la stabilité que la CIE induit est de nature à rassurer durablement les acteurs financiers et commerciaux internationaux. Enfin, le poids et la légitimité de la CIE permettront sans doute de mieux faire comprendre à tous que la valeur de l’Euro doit aussi s’ajuster en fonction des intérêts de la zone ce qui dynamisera l’industrie des pays euro hors CIE aussi, puis profiter à toute l’Union ensuite. La « contagion positive », il faut y croire et en créer les conditions. L’Euro doit rester comme une réussite alors qu’il a beaucoup apporté notamment pendant la crise actuelle et même ceux qui n’avaient pas cru en la capacité des Européens à le créer en 7 ans et en ont fait depuis une référence dans leurs coffres !

Quels champs d’actions pour la CIE et quels moyens ?

Il faut convenir d’une intégration graduée mais méthodiquement résolue, notamment dans 12 domaines clés d’ici à 2025. Quelques commentaires non exhaustifs illustreront l’intérêt évident de ceux-ci :

  1. L’Environnement et les Energies

Le charbon et l’acier devaient fonder l’Europe. La géothermie et l’énergie solaire en seront-elles son avenir ? Les besoins énergétiques de l’Union et sa dépendance en la matière sont inquiétants, mais s’inscrivent désormais définitivement dans un contexte de fin d’impunité écologique. L’Europe ne peut pas être autre chose que l’espace le plus écologique du Monde ! Elle doit inventer, préparer et éclairer l’Avenir dans ce domaine. Etre la référence. Etre à la base de cette nouvelle valeur universelle. Une politique de convergence, de dépollution des terres et des mers, d’indépendance et d’économies sérieuses doit être un impératif pour le socle de Progrès que sera la CIE.

  1. La Santé

Fondement du bien-être et de l’égalité, la santé voit nos performances comparables mais nos différents systèmes sont à bout de souffle et doivent être repensés.

  1. La Consommation

Cet aspect essentiel doit notamment renforcer les exigences sociales et environnementales et permettre rapidement une compatibilité totale des politiques de la CIE, et plus largement de l’Union.

  1. La Recherche et l’Education

En ces domaines, la mobilisation totale des moyens, y compris mutualisés, doit servir des objectifs définis à moyen et long termes définis en commun, par un grand Ministère de la Jeunesse et de l’Innovation opérationnel dès 2020.

Pourquoi ne pas organiser de manière volontariste une année scolaire et/ou professionnelle dans un autre pays de la CIE pour tout citoyen avant ses 18 ans ?

  1. L’Emploi

Convergence des politiques de l’emploi, et lutte contre le chômage qui ne doit plus être la première variable d’ajustement d’une économie en transition.

  1. L’Aménagement intégré des Territoires

Avec développement de zones économiques et touristiques spécifiques, développement du ferroutage, et désenclavement poussé.

  1. La Fiscalité, donc le Budget

Une convergence de 20% par an des politiques fiscales, de 2018 à 2023 est nécessaire, après 3 ans de réflexion sur les grands choix d’impôts. Doit-on par exemple taxer plus les successions pour atténuer les inégalités et moins taxer les revenus pour encourager les énergies créatrices.

Ce rapprochement pourra aboutir à une gouvernance raisonnée et à l’horizon 2030 à une politique de la dette solidaire et planifiée. Une politique budgétaire intégrée devra trouver des outils solides d’objectifs, de mise en place et de contrôles, pour accompagner cette convergence essentielle.

  1. L’Industrie des années 2050

Un long développement serait nécessaire mais une structure de développement industriel doit être un des moteurs de la CIE, proche des intérêts des peuples, et qui saura conjuguer les industries de base toujours nécessaires à celles de l’innovation, de l’invention et du progrès.

  1. L’Agriculture et l’Alimentation

Une politique innovante doit être mise en œuvre dans ces domaines, avec ici comme pour l’aménagement, la santé et l’énergie une synergie à trouver avec l’Afrique, le continent de demain, dont l’Europe est éloignée… de 20 kilomètres !

  1. La Politique de Défense

Une convergence et une mutualisation seraient source en cette spécialité d’économie et de renforcement à terme. Une politique étrangère et de co-développement avec une représentation réelle pourra alors se mettre en place au niveau de cette CIE dès 2030, qui redonnerait couleur et poids à l’Union toute entière. Un regroupement progressif des consulats de 2018 à 2025, puis des ambassades pourrait ainsi se concevoir.

  1. Une Politique culturelle et sportive

Essentielle pour mieux se connaître et se comprendre, cette politique, au plus près des peuples et des diversités donnerait un cœur au corps de la CIE, et contribuerait aussi à son rayonnement à l’International, y compris pour la mise en perspectives des valeurs qu’elle soutient… Et une délégation unie et forte aux J.O de 2028 !

  1. Une Citoyenneté Européenne

Au-delà d’un passeport dont plus personne ne mesure l’ampleur, créer un vrai sentiment d’appartenance à un destin commun, qui redonne un sens à une construction devenue trop brouillonne.

Il faut ici envisager lors des élections du Parlement de 2014 la possibilité de listes ouvertes à des ressortissants des pays de la future CIE (sans exclure les autres pour des raisons évidentes d’égalité). Puis en 2019, après l’adoption de ce nouveau traité constituant la CIE nouvelle, imposer 30 % de ces ressortissants dans chaque liste. Enfin dès 2024, faire des listes transnationales et élues par tous les citoyens de la CIE. La place de la CIE dans l’Union sera justement renforcée, et incitera aux convergences nouvelles.

Toutes les idées seront les bienvenues pour peaufiner et renforcer cette Communauté d’intégration Européenne. Mais il faut faire vite car le Monde n’attend pas. Il revient aux responsables politiques de mieux communiquer sur l’Europe en général, et de mettre en œuvre une volonté encore réelle. Il faut redonner un sens moderne à la construction européenne, sinon les peuples lui tourneront définitivement le dos, avec à la clé des déchirements, des replis et des insinuations qui ne pourront que déboucher sur le pire.

N’hésitons plus, agissons… Ensemble et maintenant !

Cyril Benjamin Castro
Président d’Europe Populaire

Janvier 2011, revu en Novembre 2012
cyril-castro.eu

A propos de Cyril Castro

Cyril Castro
Président d'Europe Populaire, parti humaniste, central et européen. Professeur de fiscalité et Chef d'entreprises. Conseiller national UDI. www.cyril-castro.eu

Un commentaire

  1. Article clair et clairvoyant. Bravo. Comment peut on suivre europe populaire ?

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