Comment allons nous nous priver du pouvoir de l’atome ?

74,8%. C’est la part de l’énergie nucléaire dans notre production totale d’énergie. Si ce n’est qu’un chiffre, éteignez tous vos appareils électriques 18 heures au cours d’une journée. C’est très long ! Seulement cette énergie, si elle présente de nombreux inconvénients, a tout de même des avantages. Comment concilier les deux, et obtenir une énergie réellement durable ?

Quand les allemands payent leur KiloWatt / heure (KWh) 20 €, les belges 18, les Italiens 22 et les danois 25, nous ne payons que 11,5€ le nôtre. Chose plutôt étonnante dans un pays qui invente des taxes et impôts, majorité après majorité, (donnant parfois lieu à des tweets amusants d’ailleurs !). L’un des facteurs explicatifs de ce privilège est la présence forte de l’énergie nucléaire. Ce facteur n’est pas seulement un argument franco-français, il se retrouve également dans d’autres pays comme la Suède, la Slovénie et la Slovaquie par exemple. Et la réciproque tient aussi dans les pays ne bénéficiant pas de centrales nucléaires, comme l’Italie. D’autres facteurs permettent de nuancer cette analyse, comme par exemple la taille du pays et le volume du réseau à entretenir.

En France, malgré le plus grand réseau européen – la France est le pays le plus vaste de l’UE, tout en n’étant pas le plus densément peuplé – le prix de l’électricité demeure correct. En effet, seuls 9% de notre énergie provient de ressources fossiles, dont le prix a explosé ces dernières années produisant ainsi une énergie chère et polluante. La France, depuis les années 1970, a donc mis en place son indépendance énergétique avec aujourd’hui 58 réacteurs nucléaires en fonctionnement.

Mais le nucléaire n’est cependant pas le miracle d’une énergie peu chère et totalement propre. Si le produit de la fission nucléaire ne rejette dans l’atmosphère que de la vapeur d’eau, se pose ensuite le problème des déchets. De la combustion de l’uranium enrichi naît des déchets radioactifs. Il ne s’agit pas de simples déchets, il s’agit de résidus hautement radioactifs, dont le composant principal, le polonium a une demi-vie de 103 ans. Sans compter les incidences possibles sur les cours d’eau tant la quantité de vapeur d’eau nécessaire pour faire tourner les turbines est grande. Ou encore le carburant de base pour faire fonctionner les centrales nucléaires, l’Uranium, dont les gisements sont certes nombreux mais pas inépuisables. La France ne possédant pas de gisements d’uranium, elle doit aller en exploiter dans d’autres pays – notamment africains – avec tous les problèmes géopolitiques connus.

Centrale nucléaire de Chooz (France)

Des solutions sont en passe d’être trouvées pour stocker tous ces déchets – la France en a déjà produit 1 320 000 m3, et en aura environ 2 700 000 d’ici 2030 selon l’ANDRA. Mais elles ne sont qu’une réparation des erreurs passées, et non une anticipation des besoins énergétiques avenirs. D’autant que ceux-ci sont certes en stagnation mais l’apparition récente de voitures électriques risque de décupler ce besoin.

N’oublions pas que la France n’est pas toute seule, et que d’autres pays ont de plus en plus besoin d’énergie pour se développer. L’exemple chinois est par exemple flagrant.

 A la croisée des chemins énergétiques.

La solution prônée par les écologistes d’abandonner immédiatement le nucléaire est franchement utopiste, quand elle n’est pas carrément comique (ce lien est drôle) !

Il faut mettre en place une réelle politique énergétique innovante. L’heure n’est plus à une seule et unique source d’énergie. Aucune forme d’énergie propre ne permet de produire autant d’énergie que le nucléaire. Ainsi, de la combinaison d’énergies viendra notre salut. Nous avons mis 200 ans à comprendre que le soleil se levait tous les matins et que le vent soufflait en permanence. Nous venons de découvrir que les vagues ne s’arrêtaient jamais et que le cycle végétal était gratuit !

Le premier pays agricole d’Europe que nous sommes doit pouvoir développer la biomasse à très grande ampleur. Solution énergétique peu coûteuse et parfaitement écologique, elle est créatrice de nombreux emplois, tout en permettant la mise en place de filières courtes.

La France peut développer les éoliennes sous-marines. Notre pays dispose d’un très grand nombre de rivières, fleuves et côtes maritimes. Outre l’avantage d’alimenter en électricité des régions éloignées (certaines îles atlantiques par exemple), elle peut être une solution de reconversion idéale pour les professionnels de la mer qui sont des victimes directes de la crise.

Et n’oublions pas que la terre est elle-même une énorme centrale nucléaire. Les fissions qui ont lieu au sein de son noyau central dégagent autant de chaleur que celle créé dans le réacteur nucléaire d’une centrale. On peut ainsi récupérer cette chaleur pour chauffer la vapeur d’eau qui fera tourner les turbines par de la géothermie.

 Il existe donc des quantités multiples de solutions pour créer de l’énergie. Mais il faudra apprendre à ne pas tout « miser sur le même cheval » pour présenter une production hétérogène d’électricité permettant une alimentation des réseaux dans toutes les conditions temporelles et météorologiques.

 La création d’une grande agence nationale de la production énergétique doit permettre de transformer la France en un champion mondial de l’énergie verte. Ce que l’Allemagne veut devenir, à la différence qu’elle passe par le stade très polluant du charbon.

Cette agence devra aider la recherche en la matière, et financer des projets d’ampleur destinés à prouver au monde entier que la France peut encore être pionnière comme elle l’était avec le nucléaire. Les médailles d’hier n’ont jamais fait les champions de demain ! Cette politique énergétique peut être une source de croissance considérable, avec des créations de PME et d’emplois. Les idées en la matière étant pléthore mais ne nécessitant souvent qu’un « vrai » coup de pouce pour démarrer.

Adrien CATY

[Article publié également sur le Shadok Cabinet via Facebook]

 

A propos de Adrien Begin-Reverchon

Etudiant en M2 Contentieux Public. Militant itinérant entre l'Alsace et la Haute-Saône. Premier Ministre du "Shadok Cabinet" : https://www.facebook.com/ShadockCabinet

Un commentaire

  1. Bon article qui fait état du prix raisonnable de l’électricité dans notre pays, même si celui-ci va sûrement augmenter dans les prochaines années avec les coûts de retraitements des déchets et les indispensables rénovations de centrales.
    En ce qui concerne les pistes d’avenir, la piste du photovoltaïque, bien que délaissée par les pouvoirs publics reste pertinente dans la diversification des sources d’électricité. La question énergétique passera donc également par une réduction de la consommation via la construction ou la rénovation de logements « BBC » voire à énergie positive.

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